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Scandaleuse richesse:
de l'Église, ou de l'imagination de Ses calomniateurs?

Thomas Couture. Les Romains de la décadence.
(Thomas Couture. Les Romains de la décadence. Source)

1) Introduction

Je me suis récemment fait poser la question suivante:

«Comment peut-on accepter les comportements de l'Église catholique face à Sa richesse scandaleuse? En effet, par exemple, si l'Église vendait toutes Ses oeuvres d'art, Ses propriétés immobilières, etc., il y aurait de quoi nourrir une bonne partie de l'Afrique pendant une longue période de temps!»

Pour répondre à cette question, je vais d'abord diviser la richesse matérielle de l'Église catholique en quelques catégories. Ensuite, je vais examiner si chaque catégorie est justifiable, ou scandaleuse.

2) Division de la richesse matérielle de l'Église

Selon moi, la richesse matérielle de l'Église peut se diviser en cinq catégories:

2.1) Gîte et couvert. Ce qui est nécessaire pour loger et nourir les «employés» de l'Église, comme par exemple un modeste presbytère et des petits salaires pour les prêtres d'une paroisse, ou un couvent et assez de dons pour payer le chauffage et la nourriture pour un ordre de religieuses, etc. En d'autres mots, la quantité d'argent que ça coûterait pour fournir à ces gens un niveau de vie décent, même si ces gens n'étaient pas catholiques.

2.2) Service du culte. Ici on place les bâtiments reliés aux cérémonies religieuses, incluant toutes les oeuvres d'art religieux qui les embellissent, les terrains sur lesquels ces bâtiments sont situés, le coût du vin de Messe et des hosties non-consacrées, etc.

2.3) Les installations et le financement des oeuvres caritatives. Par exemple, un hôpital catholique, une école paroissiale, une soupe populaire, etc.

2.4) Toute la richesse réelle de l'Église qui ne fait pas partie des catégories 2.1 à 2.3 ci-dessus. C'est la partie proprement scandaleuse, s'il y a.

2.5) Toute la richesse imaginaire de l'Église. C'est la partie de la richesse de l'Église qui existe seulement dans l'imagination fertile des francs-maçons, des communistes, etc.

3) La richesse qui ne peut pas être scandaleuse

Parmi les catégories énumérées ci-haut, on peut d'emblée éliminer le N° 2.5 (la richesse imaginaire de l'Église). Nombreux sont les calomniateurs qui ne s'ouvrent la bouche que pour déverser leur venin sur l'Église. Si vous voulez accuser l'Église (ou qui que ce soit d'autre), montrez des faits vérifiables. Sinon, taisez-vous.

La deuxième catégorie qu'on peut tout-de-suite éliminer, c'est le N° 2.3 (les installations et le financement des oeuvres caritatives). Si vous vous inquiétez vraiment du sort des Africains (et de toute autre homme qui souffre de la pauvreté), vous n'aurez rien contre les efforts pour soulager la pauvreté! Tout au plus, vous pourriez dire que certaines de ces installations seraient mieux gérés par quelqu'un d'autre. Peut-être, mais c'est du cas par cas. (Et en général, des «bonnes soeurs» gratuites, douces, honnêtes et travaillantes, c'est dûr à battre!)

J'éliminerais aussi la première catégorie, le N° 2.1 (gîte et couvert). Les catholiques ont bien de droit de manger et de dormir! Bien sûr, un communiste pourrait argumenter qu'il est mauvais de loger et nourir des gens qui ne font rien de bon pour la société. On peut répliquer avec des arguments en faveur de la liberté religieuse, mais je pense que la réponse finale à cette question exige l'étude des effets désastreux de l'athéisme. Ensuite, il faut étudier les effets bénéfiques sur la société des enseignements officiels de l'Église. (Nous allons reparler de ces effets bénéfiques ci-bas, aux points 5.7 et 5.8.)

4) Petit intermède comptable

Qu'en est-il du scandale? Avant d'examiner les deux dernières possibilités (N° 2.4 et N° 2.2), faisons un petit intermède comptable. Selon moi, nous devons garder en tête quelques idées lorsque nous regardons les finances de l'Église catholique:

4.1) Quand vous regardez des chiffres à propos des finances de l'Église, mettez-les en rapport avec des institutions de taille et d'âge comparables. Même avec les deux catégories de richesse déjà justifiées (N° 2.1 et N° 2.3), nous parlons d'un montant considérable. N'oublions pas qu'il y a environ un milliard de catholiques sur la terre, et que l'Église catholique est une des institutions les plus anciennes de l'histoire de l'humanité, et une des plus répandues sur la planète. Le calcul n'est pas aussi simple que «un milliard de catholiques, fois un dollar par catholique par année, multiplié par deux mille ans», mais il est clair qu'on ne parle pas du budget et des actifs du kiosque de patates frites du coin.

4.2) Le Pape ne contrôle qu'en partie les finances de l'Église catholique. L'Église catholique n'est pas une société anonyme cotée à la bourse de Montréal ou de New-York. Le Pape n'est pas le PDG (Président-Directeur-Général), et il n'y a pas de Directeur financier (CFO ou «Chief Financial Officer» en anglais). Financièrement, l'Église catholique ressemble beaucoup plus à une confédération informelle d'entitées indépendantes. Le budget de votre paroisse n'a pas rapport avec le budget de la paroisse voisine. Si votre diocèse fait un déficit, votre évêque n'a pas autorité d'aller piger dans le surplus du diocèse d'à côté (ni le Pape, à ma connaissance). Si vous fondez un ordre religieux demain, et que vous recevez beaucoup de dons, le Pape n'a pas autorité pour venir prendre vos dons. Si vous voyez (comme moi) un ordre religieux riche vendre un magnifique monastère à des anti-catholiques, alors qu'ils n'ont pas besoin d'argent (ni l'ordre religieux, ni les anti-catholiques), rien ne sert d'écrire au Pape.

4.3) L'argent de l'Église vient normalement de la poche de gens comme moi qui veulent que l'Église ait leur argent! Un bon catholique est supposé contribuer régulièrement à son église locale (appelée «dîme», ou «capitation», etc.), ainsi qu'à l'Église universelle (le Denier de Saint-Pierre), et si possible à d'autres bonnes oeuvres (comme de bons ordres religieux contemplatifs, ou des missions étrangères, etc.). En regardant au cours des années mes contributions, je constate que: (1) je vis dans une richesse relative tout en contribuant peu à ma propre Église; et (2) le Canada ferait faillite d'ici lundi, si le Fisc percevait les impôts avec le même laissez-faire que l'Église catholique perçoit son dû!

5) Catégorie 2.4: la richesse scandaleuse proprement dite

Examinons maintenant la Catégorie N° 2.4, c'est-à-dire la richesse scandaleuse proprement dite. Selon moi, il suffit de s'ouvrir les yeux pour constater qu'une telle richesse scandaleuse existe. Je vous donne un exemple, que j'ai justement vu il y a quelques jours: l'ancien archevêque de Milwaukee, Rembert Weakland, qui a ordonné à son diocèse de payer à son amant sodomite Paul Marcoux la coquette somme de $450 000 USD pour acheter son silence (Source). De quoi nourrir plusieurs Africains pendant longtemps!

Certains pourraient argumenter que cet argent n'avait pas été recueilli pour de telles fins scandaleuses, mais alors? Dans un sens, tout argent qui se retrouve dans la catégorie N° 2.4 pourrait être «dé-scandalisé» en étant transféréré dans la N° 2.3 (oeuvres caritatives). Sauf que l'inverse aussi est vrai. Tout argent qui n'est pas «dé-scandalisé» est scandaleux!

Alors la question doit être posée: «Comment peut-on accepter les comportements de l'Église catholique face à sa richesse scandaleuse?» Je vais tenter de répondre de façon claire et complète. Comme ce raisonnement est très important pour tout mon site web, j'ai tenté d'ordonner mon raisonnement en une douzaine d'étapes logiques. Idéalement, vous devriez donc examiner chaque maillon de la chaîne, un après l'autre, en commençant par le premier:

5.1) Vous aimez (au moins un peu) la justice et la vérité. Si ce n'était pas le cas, vous ne seriez pas scandalisé à l'idée de gens riches et décadents qui prétendent transmettre un message divin. Surtout que ce message vient d'un Messie qui a vécu dans la plus grande pauvreté, et qui a dit: «Heureux les pauvres» [Lc 6:20], et «Il est plus facile pour un chameau de passer par le trou d'une aiguille, que pour un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu» [Mt 19:24].

5.2) Vous n'êtes pas particulièrement scandalisé par la décadence dans plusieurs autres religions. En d'autres mots, vous savez très bien qu'il y a de nombreuses fausses religions, et que ces fausses religions enseignent toutes sortes de bêtises, et encouragent leurs membres à suivre leurs enseignements débiles. Voir la Section 2 de: Doit-on respecter toutes les religions? (Moi, celle qui me fait encore bidonner, c'est les 93 Rolls-Royce de Bhagwan Shree Rajneesh! Hilarant! 93 Rolls-Royce!)

5.3) Vous ne considérez pas que l'argent est intrinsèquement mauvais. Fort probablement que vous avez un emploi, que vous encaissez votre chèque de paie, que vous ne mettriez jamais volontairement votre chère épouse et vos enfants dans un taudis mal foutu, etc.

5.4) Vous êtes capable de faire la différence entre les enseignements officiels d'une institution, et le comportement de certains de ses membres. En d'autre mots, une religion peut avoir de très bons enseignements, malgré la présence de certains membres qui vivent dans le péché. Cette distinction entre la valeur des enseignements officiels et le jugement moral qu'on peut porter sur les gens qui transmettent ces enseignements, est d'ailleurs enseignée par Jésus Lui-même! Il dit à propos des pharisiens hypocrites: «Faites et observez tout ce qu'ils vous disent, mais ne faites pas comme ils font» [Mt 23:3]

L'exemple que je donne souvent aux gens (et c'est une expérience scientifique que vous pouvez faire par vous-même), c'est le «Club des Bons Gars». Vous écrivez la Constitution de ce Club, avec une longue liste de toutes les vertus que les membres doivent acquérir (humilité, chasteté, justice, sagesse, sobriété, etc.). Puis vous ajoutez des membres à ce Club. Je vous garantis que, avec un nombre de membres statistiquement significatif, quelqu'un va enfreindre les règles de votre Constitution. Cela va-t-il rendre mauvaise votre Constitution? Non. Cela va-t-il vouloir dire que votre liste de vertus à acquérir contient des vices? Non.

5.5) On peut décider si les enseignements d'une institution sont bons, soit en les examinant, soit en examinant leurs effets. Par exemple, on peut voir que les enseignements du «Club des Bons Gars» sont bons, en lisant la liste des vertus que ce Club demande à ses membres d'acquérir. Pour les effets d'un enseignement, notre gros bon sens nous dit qu'on juge un arbre à ses fruits.

5.6) En examinant les effets de quoi que ce soit (incluant une religion), il faut bien distinguer la cause. L'exemple que je donne parfois, c'est: «Si vous voulez vérifier l'efficacité d'un nouvel antibiotique, mais que vous injectez parfois ce nouvel antibiotique, et parfois de l'eau provenant des égoûts, disons que votre recherche risque de ne pas être très scientifique!»

À cause de l'importance extrême de la causalité dans toute recherche scientifique, j'ai tout un article à ce sujet. Je ne vous force pas à le lire, mais gardez au moins en tête l'importance de soigneusement déterminer les vraies causes et les vrais effets. Voir: Erreur: «Les oeufs à la coque sont meilleurs que les oeufs cuits durs»

5.7) Les enseignements de Jésus n'ont rien de répréhensible. Bien sûr, il vous faudra «déterrer» votre Bible! (Enfouie dans quelque boîte de carton dans votre garage, peut-être?) Vous pouvez voir un aperçu des enseignements de Jésus ici: Chers écoliers, voici votre devoir pour la semaine prochaine!

5.8) Les enseignements officiels de l'Église catholique n'ont rien de répréhensible. Encore ici, il vous faudra «déterrer» votre indispensable Catéchisme de l'Église catholique (Disponible aussi gratuitement sur le site web du Vatican).

Comme vous êtes rendu ici, vous acceptez l'énoncé N° 5.1 ci-dessus. Donc, vous ne voulez pas calomnier les enseignements officiels de l'Église catholique (ou de qui que ce soit d'autre, d'ailleurs), parce que vous aimez la vérité et la justice. Alors vous devez admettre que, au moins officiellement, ces enseignements sont bons (ou me fournir un numéro de paragraphe entre 1 et 2865).

Voici quelques numéros de paragraphes au sujet de l'argent:

544: Jésus partage la vie des pauvres, de la crèche à la croix; il connaît la faim, la soif et le dénuement. Plus encore: il s'identifie aux pauvres de toutes sortes et fait de l'amour actif envers eux la condition de l'entrée dans son Royaume

852: c'est donc par la même route qu'a suivi le Christ lui-même que, sous la poussée de l'Esprit du Christ, l'Église doit marcher, c'est-à-dire par la route de la pauvreté, de l'obéissance, du service et de l'immolation de soi jusqu'à la mort, dont il est sorti victorieux par sa résurrection. C'est ainsi que le sang des martyrs est une semence de chrétiens

2545: Tous les fidèles du Christ ont à régler comme il faut leurs affections pour que l'usage des choses du monde et un attachement aux richesses contraire à l'esprit de pauvreté évangélique ne les détourne pas de poursuivre la perfection de la charité

Etc., etc... Enfin, moi je trouve ces 2865 paragraphes irréprochables en général, et irréprochables en particulier à propos de l'argent.

5.9) L'Église catholique produit des saintes et des saints, et ces gens ont des styles de vie matérielle qui vont de très modestes, à très pauvres. Encore par l'énoncé N° 5.1 ci-dessus, on peut aller voir la liste des gens que l'Église a canonisés, pour ensuite aller voir si ces gens avaient 93 Rolls-Royce, où s'ils vivaient selon le Paragraphe N° 2545 du CÉC cité au N° 5.8 ci-dessus.

Tels fruits, tel arbre.

5.10) «Comment peut-on accepter les comportements de l'Église catholique [...]»? Primo, ce ne sont pas les comportements de l'Église. L'expression «comportements de l'Église catholique» est au mieux ambiguë, et au pire calomnieuse. Nous l'avons établi par les N° 5.4 à N° 5.8 ci-dessus. Ces comportements sont, strictement parlant, les comportements du clergé.

5.11) «Comment peut-on accepter les comportements de l'Église catholique [...]»? Secundo, Dieu Lui-même ne les accepte pas [Lc 17:1-2], pourquoi nous? Il n'y a aucune raison d'accepter les péchés de certains membres du clergé. L'Église catholique enseigne que les Papes, les évêques et les prêtres peuvent aller en Enfer comme n'importe qui d'autre. Il y a eu, il y a, et il y aura d'ici la fin du monde des membres du clergé qui vont causer scandale par leur richesse. Dieu Lui-même dit bien que les chefs religieux peuvent bien se saouler et se gaver en cette vie, mais qu'ils vont payer chèrement leur inconduite en Enfer [Mt 24:48-51]. Comme l'enseigne l'Église catholique, on peut dire que les péchés de ces membres du clergé «voilent l'authentique visage de Dieu et de la religion plus qu'ils ne le révèlent».

En résumé, les comportements scandaleux de certains membres du clergé catholique ne changent aucunement la valeur du message de l'Église, et ces évêques et prêtres pervers méritent d'être châtiés avec toute la force de la justice, autant humaine que divine.

6) Catégorie 2.2: le service du culte, en théorie

6.1) Il nous reste donc une seule catégorie de richesse à traiter: N° 2.2, c'est-à-dire tous les objets matériels qui servent au culte. Examinons-là d'abord en théorie, puis dans la section suivante, nous l'examinerons plus en pratique.

Une des premières constatations qu'on devrait faire est que si Dieu existe vraiment, et que s'Il fonde une religion et nous ordonne de Le servir d'une manière qui correspond à notre nature (qui est un mélange d'esprit et de matière), alors Il a un peu le droit de le faire! Tout l'or, l'argent, le lin, les pierres précieuses et autres richesses sont créées par Sa main [Ps 94:3-5], et c'est Lui qui comble les artistes d'habileté [Ex 28:3]. Comme ça, le Propriétaire ultime de toutes ces choses en veut un peu en retour, et nous Lui dirions d'aller se faire voir? Quel sorte de serviteur dit à son Maître quoi faire avec Ses richesses? Un serviteur qui veut mettre la main sur ces richesses lui-même! [Jn 12:3-6]

Une seconde constatation qu'on peut faire, c'est que le culte religieux commandé par l'Église ne coûte à peu près rien. Un sociologue qui étudierait le coût des cérémonies de chaque religion verrait que certaines rite religieux coûtent très cher! Par exemple, si on se reporte au service du culte juif dans l'Ancien Testament, il fallait sacrifier des taureaux, des agneaux et toutes sortes d'autres animaux, et à tous les jours! Imaginez le coût! En comparaison, l'Église catholique a besoin d'une petite bouteille de vin et de quelques bouts de pain, un peu d'huile d'olive et d'eau, et c'est à peu près tout. (Bien sûr, au Québec de nos jours, nous avons le gaspillage honteux des Prions en Église qu'on jette après chaque Messe, mais le Pape Elvis 1 va régler ça!)

6.2) Si l'Église commande un service du culte si peu onéreux, pourquoi alors des bâtiments religieux si somptueux, avec autant d'ameublement et d'ornements coûteux? C'est parce que l'Église commande un service du culte peu onéreux, mais qu'Elle recommande vivement d'embellir les temples avec l'art. Et pourquoi recommander les beaux-arts? En gros, pour deux raisons. Premièrement, à cause de la mission même de l'Église catholique, qui est d'amener le plus d'hommes possible au Paradis. Deuxièmement, à cause de la nature même de ces hommes qu'il faut sauver. En effet, l'homme a une nature en partie matérielle, et en partie spirituelle. De plus, l'homme parvient à la connaissance des choses spirituelles, en passant par les choses matérielles.

Toute forme authentique d'art est, à sa manière, une voie d'accès à la réalité la plus profonde de l'homme et du monde.
[Lettre du Pape Jean-Paul II aux artistes, N° 6]

Le «beau» se [conjugue] ainsi avec le «vrai», afin qu'à travers les chemins de l'art les esprits soient transportés de ce qui est sensible à l'éternel.
[Lettre du Pape Jean-Paul II aux artistes, N° 7]

Ce monde dans lequel nous vivons a besoin de beauté pour ne pas sombrer dans la désespérance. La beauté, comme la vérité, c'est ce qui met la joie au coeur des hommes, c'est ce fruit précieux qui résiste à l'usure du temps, qui unit les générations et les fait communiquer dans l'admiration!
[Lettre du Pape Jean-Paul II aux artistes, N° 11]

Pour transmettre le message que le Christ lui a confié, l'Église a besoin de l'art. Elle doit en effet rendre perceptible et même, autant que possible, fascinant le monde de l'esprit, de l'invisible, de Dieu. Elle doit donc traduire en formules significatives ce qui, en soi, est ineffable. Or, l'art a une capacité qui lui est tout à fait propre de saisir l'un ou l'autre aspect du message et de le traduire en couleurs, en formes ou en sons qui renforcent l'intuition de celui qui regarde ou qui écoute. Et cela, sans priver le message lui-même de sa valeur transcendantale ni de son auréole de mystère.
[Lettre du Pape Jean-Paul II aux artistes, N° 12]

7) Catégorie 2.2: le service du culte, en pratique

Justement, en parlant de beaux-arts, on peut dire que la théorie est souvent belle, mais que lorsqu'on arrive avec la pratique, ça peut devenir très laid! Examinons quelques aspects pratiques de cette belle théorie, concernant l'édification des âmes par les beaux-arts.

7.1) La laideur n'est pas belle. À un moment donné, pour que l'art sacré puisse édifier les âmes, il faut qu'il soit vraiment art, et vraiment sacré. L'Église le sait bien:

C'est pourquoi les évêques doivent [...] écarter, avec le même soin religieux, de la liturgie et des édifices du culte, tout ce qui n'est pas conforme à la vérité de la Foi et à l'authentique beauté de l'art sacré
[CÉC, N° 2503]

Malheureusement, rien n'empêche une province pleine d'évêques corrompus de détruire toute cette beauté. Par exemple, ils peuvent remplacer les trésors du chant grégorien par des chansonnettes insipides, encourager la vente ou la dilapidation des églises les plus belles, et encourager la construction d'églises modernes laides, massacrer la liturgie, empêcher la prière en détruisant le silence sacré dans les temples, etc.

7.2) La beauté dispose à accepter une affirmation, mais il faut qu'elle soit vraie! Les beaux-arts sont un peu comme le sucre qui enrobe une pilule. Si la pilule est empoisonnée, les beaux-arts ne vont que la rendre encore plus toxique. Nous avons tous vu un jour ou l'autre une très belle publicité à la télévision ou dans une revue, une publicité qui était vraiment artistique, tout en faisant la promotion d'un mauvais produit. Dans le cas de la «pilule catholique», nous pouvons prouver qu'elle est très bonne (voir le N° 5.8 ci-haut). Par contre, si le message officiel de l'Église est corrompu par des hérésies, les beaux-arts peuvent malheureusement contribuer à transmettre ce poison spirituel.

7.3) Un budget pour l'art sacré peut être mal dépensé. Encore ici, en pratique, il faut des billets de banque pour payer les matériaux et les artistes qui produisent l'art sacré. Malheureusement, rien n'empêche ce budget d'être mal géré. À part les cas 7.2 (art faux) et 7.3 (message faux embelli par art vrai) ci-dessus, un évêque peut dépenser trop, ou trop peu sur l'art. Si un village crève de soif, il est idiot de dépenser des millions pour embellir une église paroissiale, et manquer d'argent lorsque vient le temps d'investir quelques milliers pour creuser un puits! (Lorsque Dieu ordonne à une population de dépenser de l'argent pour de l'art religieux, Il ne défonce pas le budget: [Ex 36:6-7]). À l'inverse, lorsqu'un peuple peut se payer des stades sportifs colossaux, des centres d'achats somptueux, des voitures luxueuses, etc., et qu'il n'est pas capable de se payer un petit temple religieux, il y a un problème aussi!

Dans le cas du Québec, avons-nous trop dépensé pour embellir nos temples? J'aimerais bien être sociologue, et faire un longue étude sur la richesse matérielle de l'Église catholique au Québec. J'aimerais comparer la quantité d'argent que les québécois donnaient pour embellir leurs églises, avant, et maintenant. Ensuite, j'aimerais comparer ça avec le nombre de québécois qui s'exilent en Afrique, afin de soigner les corps et les âmes des Africains, gratuitement. Ça aussi, avant, et maintenant. Il me semble que c'est inversement proportionnel. Cela s'expliquerait facilement. Plus l'art sacré nous rapproche de Dieu, plus cet amour de Dieu nous encourage à aimer nos frères dans la misère.

7.4) Une oeuvre d'art peut être mal conservée. Comme n'importe quel directeur de musée compétent peut vous le dire, avoir une belle oeuvre d'art ne suffit pas. Encore faut-il que les gens puissent y avoir accès! Pas besoin d'un tremblement de terre ou d'un feu pour perdre un trésor de l'humanité. Il suffit qu'il soit acheté par des mains privées et égoïstes. Surtout si cette oeuvre d'art avait été payée par des donateurs qui avaient expressément dit que cette oeuvre d'art ne devait pas être vendue, mais bien conservée à perpétuité, afin que tous puissent en profiter!

Ce n'est manifestement pas le cas de l'Église catholique. Si vous allez au Vatican, vous pouvez voir que les oeuvres d'art sont enregistrées aux livres comptable comme ayant une valeur symbolique d'un euro. Elles n'ont pas de valeur marchande, puisqu'elles ne peuvent pas être vendues. Elles sont confiées à l'Église, mais elles appartiennent à toute l'humanité.

En fait, si on faisait les calculs, on pourrait probablement montrer que le plus grand réseau de «musées» au monde, ce sont les églises catholiques. Et vous pouvez y aller pour édifier votre âme, presque n'importe quand, tout-à-fait gratuitement.

8) Conclusion

L'Église catholique est-elle scandaleusement riche, matériellement? Malheureusement, certains de Ses membres pervertis le sont (incluant même certains évêques et certains prêtres). Par contre, l'Église en tant que telle n'est pas scandaleusement riche. Au contraire, c'est surtout l'imagination de Ses calomniateurs qui est scandaleusement riche!

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