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Catéchisme de l'Église catholique -- §1700 à §1799

3.1.1) Chapitre 1: La dignité de la personne humaine

§1700
La dignité de la personne humaine s'enracine dans sa création à l'image et à la ressemblance de Dieu (article 1); elle s'accomplit dans sa vocation à la béatitude divine (article 2). Il appartient à l'être humain de se porter librement à cet achèvement (article 3). Par ses actes délibérés (article 4), la personne humaine se conforme, ou non, au bien promis par Dieu et attesté par la conscience morale (article 5). Les êtres humains s'édifient eux-mêmes et grandissent de l'intérieur: ils font de toute leur vie sensible et spirituelle un matériau de leur croissance (article 6). Avec l'aide de la grâce ils grandissent dans la vertu (article 7), évitent le péché et s'ils l'ont commis, s'en remettent comme l'enfant prodigue (cf. Lc 15:11-31) à la miséricorde de notre Père des Cieux (article 8). Ils accèdent ainsi à la perfection de la charité.

Article 1) L'homme image de Dieu

§1701
«Le Christ, dans la révélation du mystère du Père et de son Amour, manifeste pleinement l'homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation» (GS 22). C'est dans le Christ, «image du Dieu invisible» (Col 1:15; cf. 2Co 4:4), que l'homme a été créé à «l'image et à la ressemblance» du Créateur. C'est dans le Christ, rédempteur et sauveur, que l'image divine, altérée dans l'homme par le premier péché, a été restaurée dans sa beauté originelle et ennoblie de la grâce de Dieu (cf. GS 22).

§1702
L'image divine est présente en chaque homme. Elle resplendit dans la communion des personnes, à la ressemblance de l'unité des personnes divines entre elles (cf. chapitre deuxième).

§1703
Dotée d'une âme «spirituelle et immortelle» (GS 14), la personne humaine est «la seule créature sur la terre que Dieu a voulue pour elle-même» (GS 24, §3). Dès sa conception, elle est destinée à la béatitude éternelle.

§1704
La personne humaine participe à la lumière et à la force de l'Esprit divin. Par la raison, elle est capable de comprendre l'ordre des choses établi par le Créateur. Par sa volonté, elle est capable de se porter d'elle-même vers son bien véritable. Elle trouve sa perfection dans «la recherche et l'amour du vrai et du bien» (GS 15, §2).

§1705
En vertu de son âme et de ses puissances spirituelles d'intelligence et de volonté l'homme est doté de liberté «signe privilégié de l'image divine» (GS 17).

§1706
Par sa raison, l'homme connaît la voix de Dieu qui le presse «d'accomplir le bien et d'éviter le mal» (GS 16). Chacun est tenu de suivre cette loi qui résonne dans la conscience et qui s'accomplit dans l'amour de Dieu et du prochain. L'exercice de la vie morale atteste la dignité de la personne.

§1707
«Séduit par le Malin, dès le début de l'histoire, l'homme a abusé de sa liberté» (GS 13, §1). Il a succombé à la tentation et commis le mal. Il conserve le désir du bien, mais sa nature porte la blessure du péché originel. Il est devenu enclin au mal et sujet à l'erreur:

C'est en lui-même que l'homme est divisé. Voici que toute la vie des hommes, individuelle et collective, se manifeste comme une lutte, combien dramatique, entre le bien et le mal, entre la lumière et les ténèbres
(GS 13, §2).

§1708
Par sa passion, le Christ nous a délivrés de Satan et du péché. Il nous a mérité la vie nouvelle dans l'Esprit Saint. Sa grâce restaure ce que le péché avait détérioré en nous.

§1709
Celui qui croit au Christ devient fils de Dieu. Cette adoption filiale le transforme en lui donnant de suivre l'exemple du Christ. Elle le rend capable d'agir droitement et de pratiquer le bien. Dans l'union avec son Sauveur, le disciple atteint la perfection de la charité, la sainteté. Mûrie dans la grâce, la vie morale s'épanouit en vie éternelle, dans la gloire du ciel.

EN BREF

§1710
«Le Christ manifeste pleinement l'homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation» (GS 22, §1).

§1711
Dotée d'une âme spirituelle, d'intelligence et de volonté, la personne humaine est dès sa conception ordonnée à Dieu et destinée à la béatitude éternelle. Elle poursuit sa perfection dans «la recherche et l'amour du vrai et du bien» (GS 15, §2).

§1712
La liberté véritable est en l'homme le «signe privilégié de l'image divine» (GS 17).

§1713
L'homme est tenu de suivre la loi morale qui le presse d'«accomplir le bien et d'éviter le mal» (GS 16). Cette loi résonne dans sa conscience.

§1714
L'homme blessé dans sa nature par le péché originel est sujet à l'erreur et enclin au mal dans l'exercice de sa liberté.

§1715
Celui qui croit au Christ a la vie nouvelle dans l'Esprit Saint. La vie morale, grandie et mûrie dans la grâce, doit s'accomplir dans la gloire du ciel.

Article 2) Notre vocation à la beatitude

I. Les béatitudes

§1716
Les béatitudes sont au coeur de la prédication de Jésus. Leur annonce reprend les promesses faites au peuple élu depuis Abraham. Elle les accomplit en les ordonnant non plus à la seule jouissance d'une terre, mais au Royaume des Cieux:

Bienheureux ceux qui ont une âme de pauvre, car le Royaume des cieux est à eux.
Bienheureux les doux, car ils possèderont la terre.
Bienheureux les affligés, car ils seront consolés.
Bienheureux les affamés et assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés.
Bienheureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.
Bienheureux les coeurs purs, car ils verront Dieu.
Bienheureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.
Bienheureux les persécutés pour la justice, car le Royaume de Dieu est à eux.
Bienheureux êtes-vous quand on vous insultera, qu'on vous persécutera et qu'on dira faussement contre vous toute sorte d'infamie à cause de moi.
Soyez dans la joie et l'allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux
(Mt 5:3-10)

§1717
Les béatitudes dépeignent le visage de Jésus-Christ et en décrivent la charité; elles expriment la vocation des fidèles associés à la gloire de sa Passion et de sa Résurrection; elles éclairent les actions et les attitudes caractéristiques de la vie chrétienne; elles sont les promesses paradoxales qui soutiennent l'espérance dans les tribulations; elles annoncent les bénédictions et les récompenses déjà obscurément acquises aux disciples; elles sont inaugurées dans la vie de la Vierge Marie et de tous les saints.

II. Le désir de bonheur

§1718
Les béatitudes répondent au désir naturel de bonheur. Ce désir est d'origine divine: Dieu l'a mis dans le coeur de l'homme afin de l'attirer à Lui qui seul peut le combler:

Tous certainement nous voulons vivre heureux, et dans le genre humain il n'est personne qui ne donne son assentiment à cette proposition avant même qu'elle ne soit pleinement énoncée.
(S. Augustin, mor. eccl. 1, 3, 4: PL 32, 1312)

Comment est-ce donc que je te cherche, Seigneur? Puisqu'en te cherchant, mon Dieu, je cherche la vie heureuse, fais que je te cherche pour que vive mon âme, car mon corps vit de mon âme et mon âme vit de toi.
(S. Augustin, conf. 10, 29)

Dieu seul rassasie
(S. Thomas d'A., symb. 1)

§1719
Les béatitudes découvrent le but de l'existence humaine, la fin ultime des actes humains: Dieu nous appelle à sa propre béatitude. Cette vocation s'adresse à chacun personnellement, mais aussi à l'ensemble de l'Église, peuple nouveau de ceux qui ont accueilli la promesse et en vivent dans la foi.

III. La béatitude chrétienne

§1720
Le Nouveau Testament utilise plusieurs expressions pour caractériser la béatitude à laquelle Dieu appelle l'homme: l'avènement du Royaume de Dieu (cf. Mt 4:17); la vision de Dieu: «Heureux les coeurs purs, car ils verront Dieu» (Mt 5:8; cf. 1Jn 3:2; 1Co 13:12); l'entrée dans la joie du Seigneur (Mt 25:21,23); l'entrée dans le Repos de Dieu (He 4:7-11):

Là nous reposerons et nous verrons; nous verrons et nous aimerons; nous aimerons et nous louerons. Voilà ce qui sera à la fin sans fin. Et quelle autre fin avons-nous, sinon de parvenir au royaume qui n'aura pas de fin?
(S. Augustin, civ. 22, 30)

§1721
Car Dieu nous a mis au monde pour le connaître, le servir et l'aimer et ainsi parvenir en Paradis. La béatitude nous fait participer à la nature divine (1P 1:4) et à la Vie éternelle (cf. Jn 17:3). Avec elle, l'homme entre dans la gloire du Christ (cf. Rm 8:18) et dans la jouissance de la vie trinitaire.

§1722
Une telle béatitude dépasse l'intelligence et les seules forces humaines. Elle résulte d'un don gratuit de Dieu. C'est pourquoi on la dit surnaturelle, ainsi que la grâce qui dispose l'homme à entrer dans la jouissance divine.

«Bienheureux les coeurs purs parce qu'ils verront Dieu». Certes, selon sa grandeur et son inexprimable gloire, «nul ne verra Dieu et vivra», car le Père est insaisissable; mais selon son amour, sa bonté envers les hommes et sa toute-puissance, il va jusqu'à accorder à ceux qui l'aiment le privilège de voir Dieu ... «car ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu».
(S. Irénée, haer. 4, 20, 5)

§1723
La béatitude promise nous place devant les choix moraux décisifs. Elle nous invite à purifier notre coeur de ses instincts mauvais et à rechercher l'amour de Dieu par dessus tout. Elle nous enseigne que le vrai bonheur ne réside ni dans la richesse ou le bien-être, ni dans la gloire humaine ou le pouvoir, ni dans aucune oeuvre humaine, si utile soit-elle, comme les sciences, les techniques et les arts, ni dans aucune créature, mais en Dieu seul, source de tout bien et de tout amour:

La richesse est la grande divinité du jour; c'est à elle que la multitude, toute la masse des hommes, rend un instinctif hommage. Ils mesurent le bonheur d'après la fortune, et d'après la fortune aussi ils mesurent l'honorabilité ... Tout cela vient de cette conviction qu'avec la richesse on peut tout. La richesse est donc une des idoles du jour et la notoriété en est une autre ... La notoriété, le fait d'être connu et de faire du bruit dans le monde (ce qu'on pourrait nommer une renommée de presse), en est venue à être considérée comme un bien en elle-même, un souverain bien, un objet, elle aussi, de véritable vénération.
(Newman, mix. 5, sur la sainteté)

§1724
Le Décalogue, le Sermon sur la Montagne et la catéchèse apostolique nous décrivent les chemins qui conduisent au Royaume des cieux. Nous nous y engageons pas à pas, par des actes quotidiens, soutenus par la grâce de l'Esprit Saint. Fécondés par la Parole du Christ, lentement nous portons des fruits dans l'Église pour la gloire de Dieu (cf. la parabole du semeur: Mt 13:3-23).

EN BREF

§1725
Les béatitudes reprennent et accomplissent les promesses de Dieu depuis Abraham en les ordonnant au Royaume des cieux. Elles répondent au désir de bonheur que Dieu a placé dans le coeur de l'homme.

§1726
Les béatitudes nous enseignent la fin ultime à laquelle Dieu nous appelle: le Royaume, la vision de Dieu, la participation à la nature divine, la vie éternelle, la filiation, le repos en Dieu.

§1727
La béatitude de la vie éternelle est un don gratuit de Dieu; elle est surnaturelle comme la grâce qui y conduit.

§1728
Les béatitudes nous placent devant des choix décisifs concernant les biens terrestres; elles purifient notre coeur pour nous apprendre à aimer Dieu par dessus tout.

§1729
La béatitude du Ciel détermine les critères de discernement dans l'usage des biens terrestres conformément à la Loi de Dieu.

Article 3) La liberté de l'homme

§1730
Dieu a créé l'homme raisonnable en lui conférant la dignité d'une personne douée de l'initiative et de la maîtrise de ses actes. «Dieu a 'laissé l'homme à son propre conseil' (Si 15:14) pour qu'il puisse de lui-même chercher son Créateur et, en adhérant librement à Lui, parvenir à la pleine et bienheureuse perfection» (GS 17):

L'homme est raisonnable, et par là semblable à Dieu, créé libre et maître de ses actes
(S. Irénée, haer. 4, 4, 3).

I. Liberté et responsabilité

§1731
La liberté est le pouvoir, enraciné dans la raison et la volonté, d'agir ou de ne pas agir, de faire ceci ou cela, de poser ainsi par soi-même des actions délibérées. Par le libre arbitre chacun dispose de soi. La liberté est en l'homme une force de croissance et de maturation dans la vérité et la bonté. La liberté atteint sa perfection quand elle est ordonnée à Dieu, notre béatitude.

§1732
Tant qu'elle ne s'est pas fixée définitivement dans son bien ultime qu'est Dieu, la liberté implique la possibilité de choisir entre le bien et le mal, donc celle de grandir en perfection ou de défaillir et de pécher. Elle caractérise les actes proprement humains. Elle devient source de louange ou de blâme, de mérite ou de démérite.

§1733
Plus on fait le bien, plus on devient libre. Il n'y a de liberté vraie qu'au service du bien et de la justice. Le choix de la désobéissance et du mal est un abus de la liberté et conduit à «l'esclavage du péché» (cf. Rm 6:17).

§1734
La liberté rend l'homme responsable de ses actes dans la mesure où ils sont volontaires. Le progrès dans la vertu, la connaissance du bien et l'ascèse accroissent la maîtrise de la volonté sur ses actes.

§1735
L'imputabilité et la responsabilité d'une action peuvent être diminuées voire supprimées par l'ignorance, l'inadvertance, la violence, la crainte, les habitudes, les affections immodérées et d'autres facteurs psychiques ou sociaux.

§1736
Tout acte directement voulu est imputable à son auteur:

Ainsi le Seigneur demande à Adam après le péché dans le jardin: «Qu'as-tu fait là?» (Gn 3:13). De même à Caïn (cf. Gn 4:10). Ainsi encore le prophète Nathan au roi David après l'adultère avec la femme d'Urie et le meurtre de celui-ci (cf. 2S 12:7-15).

Une action peut être indirectement volontaire quant elle résulte d'une négligence à l'égard de ce qu'on aurait dû connaître ou faire, par exemple un accident provenant d'une ignorance du code de la route.

§1737
Un effet peut être toléré sans être voulu par l'agent, par exemple l'épuisement d'une mère au chevet de son enfant malade. L'effet mauvais n'est pas imputable s'il n'a été voulu ni comme fin ni comme moyen de l'action, ainsi la mort reçue en portant secours à une personne en danger. Pour que l'effet mauvais soit imputable, il faut qu'il soit prévisible et que celui qui agit ait la possibilité de l'éviter, par exemple dans le cas d'un homicide commis par un conducteur en état d'ivresse.

§1738
La liberté s'exerce dans les rapports entre les êtres humains. Chaque personne humaine, créée à l'image de Dieu, a le droit naturel d'être reconnue comme un être libre et responsable. Tous doivent à chacun ce devoir du respect. Le droit à l'exercice de la liberté est une exigence inséparable de la dignité de la personne humaine, notamment en matière morale et religieuse (cf. DH 2). Ce droit doit être civilement reconnu et protégé dans les limites du bien commun et de l'ordre public (cf. DH 7).

II. La liberté humaine dans l'économie du salut

§1739
Liberté et péché. La liberté de l'homme est finie et faillible. De fait, l'homme a failli. Librement, il a péché. En refusant le projet d'amour de Dieu, il s'est trompé lui-même; il est devenu esclave du péché. Cette aliénation première en a engendré une multitude d'autres. L'histoire de l'humanité, depuis ses origines, témoigne des malheurs et des oppressions nés du coeur de l'homme, par suite d'un mauvais usage de la liberté.

§1740
Menaces pour la liberté. L'exercice de la liberté n'implique pas le droit de tout dire et de tout faire. Il est faux de prétendre que «l'homme, sujet de la liberté, se suffit à lui-même en ayant pour fin la satisfaction de son intérêt propre dans la jouissance des biens terrestres» (CDF, instr. «Libertatis conscientia» 13). Par ailleurs, les conditions d'ordre économique et social, politique et culturel requises pour un juste exercice de la liberté sont trop souvent méconnues et violées. Ces situations d'aveuglement et d'injustice grèvent la vie morale et placent aussi bien les forts que les faibles en tentation de pécher contre la charité. En s'écartant de la loi morale, l'homme porte atteinte à sa propre liberté, il s'enchaîne à lui-même, rompt la fraternité de ses semblables et se rebelle contre la vérité divine.

§1741
Libération et salut. Par sa Croix glorieuse, le Christ a obtenu le salut de tous les hommes. Il les a rachetés du péché qui les détenait en esclavage. «C'est pour la liberté que le Christ nous a libérés» (Ga 5:1). En Lui, nous communions à «la vérité qui nous rend libres» (Jn 8:32). L'Esprit Saint nous a été donné et, comme l'enseigne l'Apôtre, «là où est l'Esprit, là est la liberté» (2Co 3:17) Dès maintenant, nous nous glorifions de la «liberté des enfants de Dieu» (Rm 8:21).

§1742
Liberté et grâce. La grâce du Christ ne se pose nullement en concurrente de notre liberté, quand celle-ci correspond au sens de la vérité et du bien que Dieu a placé dans le coeur de l'homme. Au contraire, comme l'expérience chrétienne en témoigne notamment dans la prière, plus nous sommes dociles aux impulsions de la grâce, plus s'accroissent notre liberté intime et notre assurance dans les épreuves, comme devant les pressions et les contraintes du monde extérieur. Par le travail de la grâce, l'Esprit Saint nous éduque à la liberté spirituelle pour faire de nous de libres collaborateurs de son oeuvre dans l'Église et dans le monde:

Dieu qui es bon et tout-puissant, éloigne de nous ce qui nous arrête, afin que sans aucune entrave, ni d'esprit ni de corps, nous soyons libres pour accomplir ta volonté
(MR, collecte du 32e Dimanche).

EN BREF

§1743
«Dieu a laissé l'homme à son propre conseil» (Si 15:14) pour qu'il puisse librement adhérer à son Créateur et parvenir ainsi à la bienheureuse perfection. (cf. GS 17, §1).

§1744
La liberté est le pouvoir d'agir ou de ne pas agir et de poser ainsi par soi-même des actions délibérées. Elle atteint la perfection de son acte quand elle est ordonnée à Dieu, le souverain Bien.

§1745
La liberté caractérise les actes proprement humains. Elle rend l'être humain responsable des actes dont il est volontairement l'auteur. Son agir délibéré lui appartient en propre.

§1746
L'imputabilité ou la responsabilité d'une action peut être diminuée ou supprimée par l'ignorance, la violence, la crainte et d'autres facteurs psychiques ou sociaux.

§1747
Le droit à l'exercice de la liberté est une exigence inséparable de la dignité de l'homme, notamment en matière religieuse et morale. Mais l'exercice de la liberté n'implique pas le droit supposé de tout dire ni de tout faire.

§1748
«C'est pour la liberté que le Christ nous a libérés». (Ga 5:1)

Article 4) La moralité des actes humains

§1749
La liberté fait de l'homme un sujet moral. Quand il agit de manière délibérée, l'homme est, pour ainsi dire, le père de ses actes. Les actes humains, c'est-à-dire librement choisis par suite d'un jugement de conscience, sont moralement qualifiables. Ils sont bons ou mauvais.

I. Les sources de la moralité

§1750
La moralité des actes humains dépend:

-- de l'objet choisi;
-- de la fin visée ou l'intention;
-- des circonstances de l'action.

L'objet, l'intention et les circonstances forment les «sources», ou éléments constitutifs, de la moralité des actes humains.

§1751
L'objet choisi est un bien vers lequel se porte délibérément la volonté. Il est la matière d'un acte humain. L'objet choisi spécifie moralement l'acte du vouloir, selon que la raison le reconnaît et le juge conforme ou non au bien véritable. Les règles objectives de la moralité énoncent l'ordre rationnel du bien et du mal, attesté par la conscience.

§1752
Face à l'objet, l'intention se place du côté du sujet agissant. Parce qu'elle se tient à la source volontaire de l'action et la détermine par la fin, l'intention est un élément essentiel dans la qualification morale de l'action. La fin est le terme premier de l'intention et désigne le but poursuivi dans l'action. L'intention est un mouvement de la volonté vers la fin; elle regarde le terme de l'agir. Elle est la visée du bien attendu de l'action entreprise. Elle ne se limite pas à la direction de nos actions singulières, mais peut ordonner vers un même but des actions multiples; elle peut orienter toute la vie vers la fin ultime. Par exemple, un service rendu a pour fin d'aider le prochain, mais peut être inspiré en même temps par l'amour de Dieu comme fin ultime de toutes nos actions. Une même action peut aussi être inspirée par plusieurs intentions, comme de rendre service pour obtenir une faveur ou pour en tirer vanité.

§1753
Une intention bonne (par exemple: aider le prochain) ne rend ni bon ni juste un comportement en lui-même désordonné (comme le mensonge et la médisance). La fin ne justifie pas les moyens. Ainsi ne peut-on pas justifier la condamnation d'un innocent comme un moyen légitime de sauver le peuple. Par contre, une intention mauvaise surajoutée (ainsi la vaine gloire) rend mauvais un acte qui, de soi, peut être bon (comme l'aumône; cf. Mt 6:2-4).

§1754
Les circonstances, y compris les conséquences, sont les éléments secondaires d'un acte moral. Elles contribuent à aggraver ou à diminuer la bonté ou la malice morale des actes humains (par exemple le montant d'un vol). Elles peuvent aussi atténuer ou augmenter la responsabilité de l'agent (ainsi agir par crainte de la mort). Les circonstances ne peuvent de soi modifier la qualité morale des actes eux-mêmes; elles ne peuvent rendre ni bonne, ni juste une action en elle-même mauvaise.

II. Les actes bons et les actes mauvais

§1755
L'acte moralement bon suppose à la fois la bonté de l'objet, de la fin et des circonstances. Une fin mauvaise corrompt l'action, même si son objet est bon en soi (comme de prier et de jeûner «pour être vu des hommes»).

L'objet du choix peut à lui seul vicier l'ensemble d'un agir. Il y a des comportements concrets -- comme la fornication -- qu'il est toujours erroné de choisir, parce que leur choix comporte un désordre de la volonté, c'est-à-dire un mal moral.

§1756
Il est donc erroné de juger de la moralité des actes humains en ne considérant que l'intention qui les inspire, ou les circonstances (milieu, pression sociale, contrainte ou nécessité d'agir, etc.) qui en sont le cadre. Il y a des actes qui par eux-mêmes et en eux-mêmes, indépendamment des circonstances et des intentions, sont toujours gravement illicites en raison de leur objet; ainsi le blasphème et le parjure, l'homicide et l'adultère. Il n'est pas permis de faire le mal pour qu'il en résulte un bien.

EN BREF

§1757
L'objet, l'intention et les circonstances constituent les trois «sources» de la moralité des actes humains.

§1758
L'objet choisi spécifie moralement l'acte du vouloir selon que la raison le reconnaît et le juge bon ou mauvais.

§1759
«On ne peut justifier une action mauvaise faite avec une bonne intention» (S. Thomas d'A., dec. praec. 6). La fin ne justifie pas les moyens.

§1760
L'acte moralement bon suppose à la fois la bonté de l'objet, de la fin et des circonstances.

§1761
Il y a des comportements concrets qu'il est toujours erroné de choisir parce que leur choix comporte un désordre de la volonté, c'est-à-dire un mal moral. Il n'est pas permis de faire le mal pour qu'il en résulte un bien.

Article 5) La moralité des passions

§1762
La personne humaine s'ordonne à la béatitude par ses actes délibérés: les passions ou sentiments qu'elle éprouve peuvent l'y disposer et y contribuer.

I. Les Passions

§1763
Le terme de «passions» appartient au patrimoine chrétien. Les sentiments ou passions désignent les émotions ou mouvements de la sensibilité, qui inclinent à agir ou à ne pas agir en vue de ce qui est ressenti ou imaginé comme bon ou comme mauvais.

§1764
Les passions sont des composantes naturelles du psychisme humain, elles forment le lieu de passage et assurent le lien entre la vie sensible et la vie de l'esprit. Notre Seigneur désigne le coeur de l'homme comme la source d'où jaillit le mouvement des passions (cf. Mc 7:21).

§1765
Les passions sont nombreuses. La passion la plus fondamentale est l'amour provoqué par l'attrait du bien. L'amour cause le désir du bien absent et l'espoir de l'obtenir. Ce mouvement s'achève dans le plaisir et la joie du bien possédé. L'appréhension du mal cause la haine, l'aversion et la crainte du mal à venir. Ce mouvement s'achève dans la tristesse du mal présent ou la colère qui s'y oppose.

§1766
«Aimer, c'est vouloir du bien à quelqu'un» (S. Thomas d'A., s. th. IIa-IIae, q. 26, a. 4). Toutes les autres affections ont leur source dans ce mouvement originel du coeur de l'homme vers le bien. Il n'y a que le bien qui soit aimé (cf. S. Augustin, Trin. 8, 3, 4). «Les passions sont mauvaises si l'amour est mauvais, bonnes s'il est bon» (S. Augustin, civ. 14, 7).

II. Passions et vie morale

§1767
En elles-mêmes, les passions ne sont ni bonnes ni mauvaises. Elles ne reçoivent de qualification morale que dans la mesure où elles relèvent effectivement de la raison et de la volonté. Les passions sont dites volontaires, «ou bien parce qu'elles sont commandées par la volonté, ou bien parce que la volonté n'y fait pas obstacle» (S. Thomas d'A., s. th. IIa-IIae, q. 24, a. 1). Il appartient à la perfection du bien moral ou humain que les passions soient réglées par la raison (cf. s. th. IIa-IIae, q. 24, a. 3).

§1768
Les grands sentiments ne décident ni de la moralité, ni de la sainteté des personnes; ils sont le réservoir inépuisable des images et des affections où s'exprime la vie morale. Les passions sont moralement bonnes quand elles contribuent à une action bonne, et mauvaises dans le cas contraire. La volonté droite ordonne au bien et à la béatitude les mouvements sensibles qu'elle assume; la volonté mauvaise succombe aux passions désordonnées et les exacerbe. Les émotions et sentiments peuvent être assumés dans les vertus, ou pervertis dans les vices.

§1769
Dans la vie chrétienne, l'Esprit Saint lui-même accomplit son oeuvre en mobilisant l'être tout entier y compris ses douleurs, craintes et tristesses, comme il apparaît dans l'Agonie et la Passion du Seigneur. Dans le Christ, les sentiments humains peuvent recevoir leur consommation dans la charité et la béatitude divine.

§1770
La perfection morale est que l'homme ne soit pas mû au bien par sa volonté seulement, mais aussi par son appétit sensible selon cette parole du Psaume: «Mon coeur et ma chair crient de joie vers le Dieu vivant» (Ps 84:3)

EN BREF

§1771
Le terme «passions» désigne les affections ou les sentiments. À travers ses émotions, l'homme pressent le bien et soupçonne le mal.

§1772
Les principales passions sont l'amour et la haine, le désir et la crainte, la joie, la tristesse et la colère.

§1773
Dans les passions comme mouvements de la sensibilité, il n'y a ni bien ni mal moral. Mais selon qu'elles relèvent ou non de la raison et de la volonté, il y a en elles bien ou mal moral.

§1774
Les émotions et les sentiments peuvent être assumés dans les vertus, ou pervertis dans les vices.

§1775
La perfection du bien moral est que l'homme ne soit pas mû au bien par sa seule volonté mais aussi par son «coeur».

Article 6) La conscience morale

§1776
«Au fond de sa conscience, l'homme découvre la présence d'une loi qu'il ne s'est pas donnée lui-même, mais à laquelle il est tenu d'obéir. Cette voix qui ne cesse de le presser d'aimer et d'accomplir le bien et d'éviter le mal, au moment opportun résonne dans l'intimité de son coeur ... C'est une loi inscrite par Dieu au coeur de l'homme. La conscience est le centre le plus intime et le plus secret de l'homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre» (GS 16).

I. Le jugement de conscience

§1777
Présente au coeur de la personne, la conscience morale (cf. Rm 2:14-16), lui enjoint, au moment opportun, d'accomplir le bien et d'éviter le mal. Elle juge aussi les choix concrets, approuvant ceux qui sont bons, dénonçant ceux qui sont mauvais (cf. Rm 1:32). Elle atteste l'autorité de la vérité en référence au Bien suprême dont la personne humaine reçoit l'attirance et accueille les commandements. Quand il écoute la conscience morale, l'homme prudent peut entendre Dieu qui parle.

§1778
La conscience morale est un jugement de la raison par lequel la personne humaine reconnaît la qualité morale d'un acte concret qu'elle va poser, est en train d'exécuter ou a accompli. En tout ce qu'il dit et fait, l'homme est tenu de suivre fidèlement ce qu'il sait être juste et droit. C'est par le jugement de sa conscience que l'homme perçoit et reconnaît les prescriptions de la loi divine:

La conscience est une loi de notre esprit, mais qui dépasse notre esprit, qui nous fait des injonctions, qui signifie responsabilité et devoir, crainte et espérance ... Elle est la messagère de Celui qui, dans le monde de la nature comme dans celui de la grâce, nous parle à travers le voile, nous instruit et nous gouverne. La conscience est le premier de tous les vicaires du Christ.
(Newman, lettre au Duc de Norfolk 5)

§1779
Il importe à chacun d'être assez présent à lui-même pour entendre et suivre la voix de sa conscience. Cette requête d'intériorité est d'autant plus nécessaire que la vie nous expose souvent à nous soustraire à toute réflexion, examen ou retour sur soi:

Fais retour à ta conscience, interroge-la ... Retournez, frères, à l'intérieur et en tout ce que vous faites, regardez le Témoin, Dieu.
(S. Augustin, ep. Jo. 8, 9)

§1780
La dignité de la personne humaine implique et exige la rectitude de la conscience morale. La conscience morale comprend la perception des principes de la moralité («syndérèse»), leur application dans les circonstances données par un discernement pratique des raisons et des biens et, en conclusion, le jugement porté sur les actes concrets à poser ou déjà posés. La vérité sur le bien moral, déclarée dans la loi de la raison, est reconnue pratiquement et concrètement par le jugement prudent de la conscience. On appelle prudent l'homme qui choisit conformément à ce jugement.

§1781
La conscience permet d'assumer la responsabilité des actes posés. Si l'homme commet le mal, le juste jugement de la conscience peut demeurer en lui le témoin de la vérité universelle du bien, en même temps que de la malice de son choix singulier. Le verdict du jugement de conscience demeure un gage d'espérance et de miséricorde. En attestant la faute commise, il rappelle le pardon à demander, le bien à pratiquer encore et la vertu à cultiver sans cesse avec la grâce de Dieu:

Devant Lui, nous apaisons notre coeur, parce que, si notre coeur nous condamne, Dieu est plus grand que notre coeur et il connaît tout.
(1Jn 3:19-20)

§1782
L'homme a le droit d'agir en conscience et en liberté afin de prendre personnellement les décisions morales. «L'homme ne doit pas être contraint d'agir contre sa conscience. Mais il ne doit pas être empêché non plus d'agir selon sa conscience, surtout en matière religieuse» (DH 3).

II. La formation de la conscience

§1783
La conscience doit être informée et le jugement moral éclairé. Une conscience bien formée est droite et véridique. Elle formule ses jugements suivant la raison, conformément au bien véritable voulu par la sagesse du Créateur. L'éducation de la conscience est indispensable à des hommes soumis à des influences négatives et tentés par le péché de préférer leur jugement propre et de récuser les enseignements autorisés.

§1784
L'éducation de la conscience est une tâche de toute la vie. Dès les premières années, elle éveille l'enfant à la connaissance et à la pratique de la loi intérieure reconnue par la conscience morale. Une éducation prudente enseigne la vertu; elle préserve ou guérit de la peur, de l'égoïsme et de l'orgueil, des ressentiments de la culpabilité et des mouvements de complaisance, nés de la faiblesse et des fautes humaines. L'éducation de la conscience garantit la liberté et engendre la paix du coeur.

§1785
Dans la formation de la conscience la Parole de Dieu est la lumière sur notre route; il nous faut l'assimiler dans la foi et la prière, et la mettre en pratique. Il nous faut encore examiner notre conscience au regard de la Croix du Seigneur. Nous sommes assistés des dons de l'Esprit Saint, aidés par le témoignage ou les conseils d'autrui et guidés par l'enseignement autorisé de l'Église (cf. DH 14).

III. Les choix de la conscience

§1786
Mise en présence d'un choix moral, la conscience peut porter soit un jugement droit en accord avec la raison et avec la loi divine, soit au contraire, un jugement erroné qui s'en éloigne.

§1787
L'homme est quelquefois affronté à des situations qui rendent le jugement moral moins assuré et la décision difficile. Mais il doit toujours rechercher ce qui est juste et bon et discerner la volonté de Dieu exprimée dans la loi divine.

§1788
À cet effet, l'homme s'efforce d'interpréter les données de l'expérience et les signes des temps grâce à la vertu de prudence, aux conseils des personnes avisées et à l'aide de l'Esprit Saint et de ses dons.

§1789
Quelques règles s'appliquent dans tous les cas:

-- Il n'est jamais permis de faire le mal pour qu'il en résulte un bien.

-- La «règle d'or»: «Tout ce que vous désirez que les autres fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux»
(Mt 7:12; cf. Lc 6:31; Tb 4:15).

-- La charité passe toujours par le respect du prochain et de sa conscience: «En parlant contre les frères et en blessant leur conscience ..., c'est contre le Christ que vous péchez» (1Co 8:12). «Ce qui est bien, c'est de s'abstenir... de tout ce qui fait buter ou tomber ou faiblir ton frère» (Rm 14:21).

IV. le jugement erroné

§1790
L'homme doit toujours obéir au jugement certain de sa conscience. S'il agissait délibérément contre ce dernier, il se condamnerait lui-même. Mais il arrive que la conscience morale soit dans l'ignorance et porte des jugements erronés sur des actes à poser ou déjà commis.

§1791
Cette ignorance peut souvent être imputée à la responsabilité personnelle. Il en va ainsi, «lorsque l'homme se soucie peu de rechercher le vrai et le bien et lorsque l'habitude du péché rend peu à peu la conscience presque aveugle» (GS 16). En ces cas, la personne est coupable du mal qu'elle commet.

§1792
L'ignorance du Christ et de son Évangile, les mauvais exemples donnés par autrui, la servitude des passions, la prétention à une autonomie mal entendue de la conscience, le refus de l'autorité de l'Église et de son enseignement, le manque de conversion et de charité peuvent être à l'origine des déviations du jugement dans la conduite morale.

§1793
Si -- au contraire -- l'ignorance est invincible, ou le jugement erroné sans responsabilité du sujet moral, le mal commis par la personne ne peut lui être imputé. Il n'en demeure pas moins un mal, une privation, un désordre. Il faut donc travailler à corriger la conscience morale de ses erreurs.

§1794
La conscience bonne et pure est éclairée par la foi véritable. Car la charité procède en même temps «d'un coeur pur, d'une bonne conscience et d'une foi sans détours» (1Tm 1:5; cf. 1Tm 3:9; 2Tm 1:3; 1P 3:21; Ac 24:16):

Plus la conscience droite l'emporte, plus les personnes et les groupes s'éloignent d'une décision aveugle et tendent à se conformer aux règles objectives de la moralité.
(GS 16)

EN BREF

§1795
«La conscience est le centre le plus intime et le plus secret de l'homme, le sanctuaire où il est le seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre». (GS 16)

§1796
La conscience morale est un jugement de la raison par lequel la personne humaine reconnaît la qualité morale d'un acte concret.

§1797
Pour l'homme qui a commis le mal, le verdict de sa conscience demeure un gage de conversion et d'espérance.

§1798
Une conscience bien formée est droite et véridique. Elle formule ses jugements suivant la raison, conformément au bien véritable voulu par la sagesse du Créateur. Chacun doit prendre les moyens de former sa conscience.

§1799
Mise en présence d'un choix moral, la conscience peut porter soit un jugement droit en accord avec la raison et avec la loi divine, soit au contraire, un jugement erroné qui s'en éloigne.

Catéchisme de l'Église catholique © Libreria Editrice Vaticana 1992.

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